à propos de Jean-Claude Arens

Pour les passionnés de vélo

à propos de Jean-Claude Arens

 La passion sous toutes ses formes.

A peine pénétré dans le bureau de Jean-Claude Arens, on comprend que la passion est débordante. On est bien ici dans “son” domaine où sont précieusement conservés quelques traces des 25 dernières années passées sur les routes : bidons, diplômes, plaques de cadres, affiches, médailles et calendriers cyclosportifs dressent un décor original pour un cabinet d’assurance.

Original mais hexagonal car son engouement pour le vélo ne l’a pour l’heure presque pas emmené au-delà des frontières : « Il y a déjà tellement à faire chez nous, je ne me suis aventuré que deux fois à l’étranger, pour l’unique édition de l’Ardennaise organisé par sport organisation et en Suisse pour les brevets préparatoires à Paris-Brest-Paris » PBP, le Grand Trophée.

Le décor est planté. L‘homme est amateur de grands défis et de longues distances. Ce n’était pourtant pas gagné d’avance pour cet ancien receveur des postes, assureur depuis 20 ans qui ne s’est mis au vélo qu’à l’âge de 30 ans.

« Judo et basket dans ma jeunesse mais pas de vélo. J’ai tout arrêté pour me marier et construire ma maison mais j’ai senti qu’il fallait vite reprendre quelque chose pour éviter quelques sauts d’humeur à mon entourage.

Ce fut le vélo ! Après 33 ans de mariage je peux même dire que c’était indispensable, même si j’ai beaucoup de chance d’avoir une épouse capable de supporter tout cela ».

Et Jean-Claude ne tarde pas à plonger complètement dans le milieu en créant immédiatement avec son frère le Cyclo-Club de Lure. Tout le début des ses aventures sur deux roues sont à tendance cyclotouriste : « Je n’avais jamais pratiqué le chronomètre avant de découvrir les cyclosportives ».

Ce qui ne l’empêche pas de se lancer tout de suite de grands défis sportifs. Si aujourd’hui il garde un regard amusé et ému sur ce que fut sa première “expédition” – le ballon d’Alsace « avec des vivres pour 48h au moins tellement j’avais peur ! » – il dévoile surtout un palmarès archi-complet de BCMF entamés à peine un an après avoir commencé le vélo.

Rien n’effrayait celui qui affirme toujours que la montagne n’est pas son terrain de prédilection : BRA, BRV, Rando des Cols Pyrénéens, Luchon-Bayonne, Massif-central, Jura, …

Tous les reliefs français sont parcourus trois ans de suite. « J’étais toujours attiré par les grandes sorties, celles où il faut s’investir moralement, celles où il y a vraiment quelque chose à découvrir »

Cela le mènera tout droit à un “pari stupide et alcoolisé de nuit de réveillon” comme il aime à le dire lui-même. « Et pourquoi pas le tour de France en solitaire pour mes 40 ans ? »

Jean-Claude ne reculera pas et parti d’Yffiniac s’offrira comme cadeau une grande boucle de 4883 km dans le sens des aiguilles, d’une traite, en solitaire en 23 jours et demi sous l’égide du règlement de l’US métro et de ses 60 points de contrôle. 205 km par jour sans étape de repos.

Un amoureux des longs efforts mais aussi de la convivialité.

Mais l’homme est un épicurien et il mène parallèlement une autre vie associative moins athlétique…quoique…Jean-Claude accumule les confréries comme les kilomètres :

“l’andouille du Val d’Ajol”, “le jambon de Luxeuil”, “les goûteurs d’eau de cerise”, “les rillettes de Vesoul”, tout ce qui célèbre la gastronomie de sa Haute-saône le touche, mais aussi sur d’autres terroirs qu’il découvre avec le vélo : Le voilà aussi intronisé membre de la Coquille Saint-Jacques en compagnie de Bernard Hinault.

« J’adore ces rencontres où savoir bien vivre et bonne humeur l’emportent toujours. Les réunions de confrérie sont parfois même plus éprouvantes qu’une cyclosportive !

En général, je récupère même plus vite d’une cyclo. Mais je ne sais plus si je fais du vélo pour permettre de supporter les excès des confréries où si je suis en confrérie pour oublier comme le vélo peut parfois être dur…»

Jean-Claude attend avec impatience son intronisation pour l’andouille de Vire promise par Henri SANNIER rencontré à la Picarde. Sur une cyclosportive !

Car amoureux de longs efforts et de convivialité, J-C ne pouvait atterrir que sur l’une de ces épreuves. « J’ai disputé ma première au début des années 90. C’était la Jacques Anquetil.

Depuis j’en mets une quinzaine au programme chaque année. Quelques cyclos régionales dans l’Est mais surtout celles du Grand Trophée dont je suis un fidèle car j’apprécie l’unité et la convivialité qui se dégage de ce grand cirque.

Certaines furent dures et m’ont marqué comme ma première Marmotte ou celle que j’ai faite juste au sortir d’une cruralgie, mais je n’en ai jamais abandonné aucune sauf la Bernard Hinault 93 sur chute et 4 fractures ! »

La Bernard Hinault, une de celles qui l’a le plus marqué visiblement : « à l’époque, c’était quelque chose !» Marqué au point que J-C a repris immédiatement le chemin de la Bretagne en ce mois d’août pour la résurrection de cette épreuve.

« C’était un peu édulcoré au niveau dénivelé par rapport à la version initiale mais les 230 km étaient bien là et avec beaucoup de vent on a retrouvé l’esprit des premières ».

Pour l’occasion J-C a pu échanger quelques mots avec “le blaireau” et a été enthousiasmé devant l’entrain de l’ancien champion mettant la main à la pâte avec naturel et surtout l’attention qu’il portait à la cause humanitaire associée.

Mettre la main à la pâte.

Pas difficile de comprendre qu’être partie prenante d’une organisation n’allait pas non plus tarder d’arriver pour ce passionné boulimique !

J-C n’est pas du genre de ceux qui critiquent sans rien faire et l’inamovible dossard 49 du Grand Trophée –  « c’est mon année de naissance, depuis que j’ai ce numéro, je ne suis plus jamais tombé »  –  plutôt que de pleurer sur l’absence d’une étape du trophée dans les Vosges prend au mot l’équipe de Sport Com. qui lui dit de l’organiser .

Depuis J-C est devenu la cheville ouvrière de ce qui allait devenir l’épreuve phare de l’Est, une véritable “marmotte” alsacienne, néerlandais compris.

Reprenant le tracé d’une simple randonnée du club de Lure, testant lui même le parcours – et y participant chaque année – , dénichant la célèbre “Planche des Belles Filles”, impliquant sa région et sa compagnie d’assurance, créant une association pour promouvoir l’animation, mais aussi un team cyclosportif  – le CC Froideconche – qui fait partout en France la pub de l’épreuve en portant ses couleurs, l’assureur bouillonnant a réussi son coup en associant le professionnalisme de Sport Com. à l’envie débordante d’une furieuse équipe locale décidée à faire mieux connaître la Haute-Saône.

Cela lui a permis de voir aussi le cyclosport sous un autre aspect et il aime à raconter l’anecdote de la première édition en 1997 : « Je vois arriver la veille au soir un “jeunot” inconnu et me moque presque des développements qu’il a prévu pour les 4300m de dénivelée.

Le lendemain je le retrouve sur la plus haute marche du podium…Je découvrais le niveau des meilleurs ! »

Et notre roi des confréries de monter lui même, depuis ce temps, sur les podiums pour féliciter, à sa façon, les plus rapides…avec jambon ou andouille ! Voilà la vraie “touche Arens”! Mais il ne va pas s’arrêter là…

Une nouvelle aventure.

2003 va marquer un nouveau tournant. L’homme des longs défis ne pouvait que tomber dans le bain d’un Paris-Brest-Paris qu’il avait depuis longtemps dans la tête.

Après 61 heures d’effort, et 6 de soins, J-C franchit la ligne en danseuse suite à une erreur …de cuissard !

Mais cela ne l’empêchera pas de remettre cela en 2007. « Sauf s’il se confirme que la prochaine édition sera à allure Audax. Je ne suis pas un compétiteur intransigeant mais une pure rando sur un tel mythe, cela ne veut plus rien dire ! »

Qu’importe, l’insatiable a déjà trouvé d’autres voies dans l’ultra-distance.

2004 voit le Raid-Extrême-Provence garnir son palmarès en 28h mais surtout lui révéler un véritable coup de foudre. « Je suis sorti subjugué de cette aventure et l’idée a germé immédiatement »

Comme un célèbre pasteur, il a fait un rêve…ou plutôt un REV : le Raid-Extrême-Vosgien. 530 km, 23 cols, 12800 m de dénivelée,

Les Vosges sont apparues comme un terrain de jeu fantastique pour cet éternel enfant. L’épreuve devait être lancée cet été mais J-C est un perfectionniste et conscient des dernières lacunes de son organisation a préféré reporter la première édition en 2007.

« Pour être vraiment au point. Pour pouvoir offrir une épreuve de grande envergure à prix raisonnable.

Je pense que cela se fera uniquement en solitaire avec voiture accompagnatrice. Je ne pense pas qu’il y aura d’équipe au départ car je veux garder la dimension aventure du raid solitaire »

Pas beaucoup d’inquiétude à avoir, le bougre a une idée en tête et le REV verra bien le jour !

Dernières cordes à son arc.

Quand on est passionné, cela déborde souvent sur la vie de tous les jours et J-C Arens n’a pas pu s’empêcher de mêler plaisir et travail.

L’assureur qu’il est avait constaté depuis longtemps la grosse difficulté de pouvoir assurer correctement les vélos haut de gamme que l’on voit couramment au sein du peloton de passionnés du monde du cyclosport.

J-C a donc voulu combler cette lacune et proposer un produit qui soit spécifique à ce type de vélo.

« D’une part les compagnies rechignent maintenant souvent à assurer spécifiquement des vélos de première ou moyenne gamme car elles ont eu nombre de problèmes avec ces vélos souvent mal entretenus et avec un taux de sinistres de près de 60% et d’autres parts les contrats génériques tels que “multirisque” sont souvent mal adaptés.

Il a fallu me battre trois ans pour trouver enfin une compagnie à qui je puisse faire comprendre que la situation ne serait pas la même avec les vélos haut ou très haut de gamme de passionnés attentionnés. Je pense maintenant qu’on a mis en place un produit véritablement adapté et sans équivalence sur le marché. »

Encore un peu plus de travail donc depuis trois ans, mais J-C s’est maintenant entouré de ses deux fils à qui il compte prochainement donner la barre. « Je pourrais ainsi faire encore plus de vélo ».

Voilà, vous l’aurez compris si du côté de Champagney, un matin de juin vous apercevez un petit bonhomme s’activer au milieu des bénévoles sur la ligne de départ des 3 ballons, préparer ensuite son vélo en vous parlant de ses prochains rêves de tour de France à l’envers, vous décrire le parcours du REV, tenter de vous vendre un contrat pour votre perle roulante du dernier cri, prendre le départ et sauter dès la ligne d’arrivée passée sur sa tenue de confrérie et le micro du podium, vous serez bien en présence de cet éternel enfant qu’est J-C Arens.

Un grand enfant mais qui tout jeune grand père d’un petit né le jour de la Bernard HINAULT lâche un dernier : « C’est un signe pour l’avenir non ? »

José Langlet

Article paru en 2006 dans Cyclo Passion